Il n’existe pas de réponse universelle entre cotiser à un REER et rembourser son hypothèque. La décision dépend de vos droits inutilisés, de votre revenu, des conditions de votre prêt, de vos besoins de liquidités et de votre horizon. Une personne autorisée par l’AMF peut faire le calcul avec vos chiffres.
Une question fréquente, une réponse qui dépend de vous
Quand une somme se libère, deux idées reviennent presque toujours : la placer dans un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou l’utiliser pour réduire le capital de l’hypothèque. Les deux gestes sont raisonnables, et c’est précisément ce qui rend le choix difficile : aucun n’est « le bon » pour tout le monde.
Cet article ne tranche pas à votre place. Il propose cinq questions à vous poser, dans l’ordre, pour arriver chez une personne autorisée avec des documents en main et des réponses claires. Chaque question éclaire un angle différent : l’espace dont vous disposez, la valeur fiscale de la cotisation, les règles de votre prêt, votre besoin de garder de l’argent accessible et le temps devant vous.
Vous ne trouverez ici aucun taux, aucun plafond ni aucun montant. Ces chiffres changent, et ils se vérifient auprès de l’Agence du revenu du Canada, de Revenu Québec et de votre prêteur. CompareTaux n’affiche pas de taux et ne prend aucune décision : le service oriente une demande vers une personne autorisée, inscrite auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui peut appliquer les règles à votre situation.
1. Quels sont mes droits inutilisés ?
Avant toute chose, il faut connaître l’espace de cotisation dont vous disposez. Il n’est pas identique pour tout le monde : il dépend de vos revenus passés, de vos cotisations antérieures et de plusieurs autres éléments. Il se lit sur votre avis de cotisation de l’Agence du revenu du Canada, que vous trouvez dans votre dossier en ligne.
Pourquoi commencer par là ? Parce que cotiser au-delà de l’espace permis peut entraîner des pénalités. Beaucoup de gens versent une somme en se fiant à un souvenir ou à une estimation, puis découvrent l’écart plus tard. Une vérification de quelques minutes évite ce genre de surprise.
Cette question a aussi un effet sur la comparaison elle-même. Si l’espace inutilisé est mince, l’option REER devient limitée, et la discussion se déplace naturellement vers d’autres usages de la somme. S’il est important, la question est plus ouverte.
À retenir :
- les droits de cotisation se lisent dans vos documents officiels, pas dans une publicité ;
- ils se reportent d’une année à l’autre lorsqu’ils ne sont pas utilisés ;
- ils ne se devinent pas : vérifiez avant de verser.
Une personne autorisée peut vous aider à interpréter l’avis de cotisation si certains éléments vous semblent obscurs.
2. Quel est mon taux marginal d’imposition ?
La cotisation à un REER permet de réduire le revenu imposable d’une année. La valeur de cette déduction dépend de votre taux marginal d’imposition, c’est-à-dire de l’impôt que vous payez sur la dernière tranche de votre revenu. Plus ce taux est élevé, plus la déduction pèse lourd dans la comparaison. À revenu plus modeste, elle pèse moins, et la comparaison peut pencher ailleurs.
Le remboursement hypothécaire, lui, ne donne aucune déduction. Il réduit le capital dû, donc les intérêts à payer par la suite, mais il n’apparaît pas dans votre déclaration de revenus. La comparaison porte donc sur deux effets de nature différente, l’un fiscal et immédiat, l’autre financier et étalé dans le temps.
Il faut aussi penser à l’avenir. Le REER est généralement imposé au moment du retrait : la question n’est pas seulement « combien est-ce que j’économise cette année ? », mais « dans quelle situation fiscale serai-je au moment où je retirerai cet argent ? ». Cette projection est difficile à faire seul.
Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada publient les tables officielles. Une personne autorisée ou un fiscaliste peut chiffrer des scénarios avec vos données réelles.
3. Que dit mon contrat hypothécaire ?
Rembourser davantage sur son hypothèque n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît. Les contrats prévoient des privilèges de remboursement anticipé, et ceux-ci varient beaucoup d’un prêteur et d’un produit à l’autre. Certains contrats limitent les versements supplémentaires chaque année, d’autres les permettent seulement à certaines dates ou sous forme de versements réguliers plus élevés.
Si vous dépassez ce qui est permis, des frais peuvent s’appliquer. Il vaut donc mieux relire la section du contrat qui traite de ces privilèges, ou poser la question directement au prêteur, avant de prendre votre décision. Notez la réponse par écrit.
D’autres éléments du contrat comptent :
- la date de fin du terme, à laquelle le renouvellement offre souvent plus de souplesse ;
- le type de taux (fixe ou variable), qui change la façon dont un remboursement se traduit en économies ;
- les conditions particulières, par exemple en cas de prêt assuré.
Ce que dit le contrat borne l’option « hypothèque » avant même de la comparer au REER. C’est un point de départ concret, qui ne dépend d’aucune hypothèse et qui se vérifie en une conversation.
4. Ai-je besoin de liquidités ?
La liquidité, c’est la facilité avec laquelle vous pouvez récupérer une somme. Elle est souvent sous-estimée dans cette comparaison, pourtant elle compte autant que les considérations fiscales.
L’argent versé sur l’hypothèque est difficile à récupérer. Pour le ravoir, il faut généralement emprunter de nouveau, ce qui suppose une démarche, des frais possibles et une nouvelle approbation. L’argent d’un compte d’épargne, lui, reste accessible. Quant au REER, il se situe entre les deux : l’argent est disponible, mais un retrait est généralement ajouté à votre revenu et imposé, et l’espace de cotisation utilisé n’est pas récupéré en dehors de programmes particuliers.
Pensez à votre fonds d’urgence. Si une perte de revenu, une réparation ou un imprévu familial survenait, de quelle somme pourriez-vous disposer rapidement, sans vous endetter ? Si la réponse est « peu », bloquer davantage d’argent, dans un sens comme dans l’autre, mérite réflexion.
Une bonne manière de poser la question : « Si j’avais besoin de cette somme dans six mois, où serait-elle, et à quel coût pourrais-je la récupérer ? » Les réponses diffèrent beaucoup d’une option à l’autre.
5. Quel est mon horizon ?
Le temps joue dans les deux sens. Une retraite lointaine laisse plus de temps à l’argent placé dans un REER, avec les risques et les incertitudes que cela suppose, puisque la valeur d’un placement peut monter comme descendre. Une fin de terme hypothécaire proche, au contraire, peut rendre le remboursement plus intéressant ou plus flexible, parce que les privilèges se renégocient au renouvellement.
D’autres projets entrent dans l’horizon : une rénovation, un achat important, un changement d’emploi, une naissance, un départ à la retraite plus rapproché que prévu. Chacun peut déplacer le point d’équilibre.
Pour clarifier votre horizon, posez-vous trois questions :
- quand cette somme risque-t-elle d’être nécessaire ?
- quand mon terme hypothécaire se termine-t-il ?
- à quel moment prévois-je cesser de travailler ou réduire mes revenus ?
Il n’y a pas de bonne réponse en soi. L’important est qu’elles soient écrites, avant de discuter avec une personne autorisée. Sans horizon défini, une comparaison chiffrée reste abstraite et risque de vous conduire vers un choix qui ne correspond pas à votre vie réelle.
Un scénario hypothétique
Imaginons Karim et Léa, un couple qui reçoit une somme inattendue à la fin de l’année. Ils hésitent : l’un voudrait réduire l’hypothèque, l’autre cotiser à un REER. Ils n’ont pas encore ouvert leur avis de cotisation.
Avant de se disputer sur la réponse, ils décident de répondre aux cinq questions. Ils découvrent qu’il reste de l’espace de cotisation pour l’un des deux, mais presque pas pour l’autre. Ils relisent leur contrat et constatent que les versements supplémentaires sont permis jusqu’à une certaine limite annuelle. Ils réalisent aussi que leur fonds d’urgence est mince, ce qui les amène à garder une partie de la somme accessible.
Ils prennent rendez-vous avec une personne inscrite auprès de l’AMF, en apportant leurs avis de cotisation, leur contrat et un budget simple. La discussion porte sur la répartition, sur l’année où réclamer la déduction et sur le calendrier du renouvellement.
Ce scénario est fictif, sans chiffres, et ne garantit aucun résultat. Il montre une démarche : rassembler les documents, répondre aux cinq questions, garder une part de liquidité, puis décider avec quelqu’un qui connaît le dossier. La décision finale leur appartient.
Les erreurs à éviter
Plusieurs erreurs reviennent dans cette décision, souvent par manque d’information plutôt que de jugement.
- Cotiser sans connaître ses droits de cotisation, au risque de dépasser l’espace permis.
- Dépasser les privilèges de remboursement du contrat et se voir imposer des frais.
- Mettre toutes ses liquidités dans l’hypothèque et se retrouver sans marge en cas d’imprévu.
- Emprunter pour cotiser sans avoir examiné le coût total de cet emprunt et la façon de le rembourser.
- Se fier à une règle générale entendue ailleurs (« toujours l’un » ou « toujours l’autre ») plutôt qu’à ses propres chiffres.
- Oublier que les retraits d’un REER sont généralement imposables et ne redonnent pas l’espace utilisé.
- Ignorer la situation du conjoint ou de la conjointe, alors que certaines stratégies de couple peuvent avoir un effet sur l’impôt familial.
- Décider sous la pression d’une date limite, sans prendre le temps de comparer.
Aucune de ces erreurs n’est irréparable, mais plusieurs coûtent du temps ou de l’argent. Une personne autorisée peut les repérer rapidement si vous lui présentez vos documents. Mieux vaut la consulter avant de verser qu’après.
Les questions à poser à une personne autorisée
Voici une liste à apporter à votre rendez-vous. Demandez les réponses par écrit, et vérifiez que la personne est inscrite auprès de l’AMF.
- Quels sont mes droits de cotisation exacts, et où les lire dans mes documents officiels ?
- Dans ma situation, la déduction aurait-elle plus de poids cette année ou plus tard ?
- Quels privilèges de remboursement mon contrat me permet-il d’utiliser, et à quelles conditions ?
- Quelle somme devrais-je garder accessible avant de bloquer le reste ?
- Quelle est la différence concrète entre ces deux options sur mon horizon ?
- Quels frais ou pénalités s’appliquent à chaque option ?
- Comment êtes-vous rémunéré pour ce que vous me proposez ?
- Y a-t-il une répartition entre les deux qui convienne à mon budget ?
Une réponse vague est elle-même une information. Si on vous presse de décider immédiatement, rappelez-vous qu’il n’y a rien de définitif à prendre un peu de temps.
Gardez une copie des documents échangés : ils serviront à votre déclaration de revenus et à toute vérification ultérieure. Pour faire un premier pas, CompareTaux peut orienter votre demande vers une personne autorisée, sans taux affiché ni décision automatique.
Questions fréquentes
Peut-on faire les deux ?
Oui, en répartissant l’effort entre les deux. La répartition dépend de votre budget, de vos droits de cotisation, des privilèges de votre contrat et de vos objectifs. Une personne autorisée peut vous aider à la déterminer avec vos chiffres plutôt qu’avec une règle générale.
Le remboursement hypothécaire est-il imposable ?
Non, rembourser son hypothèque n’est pas un revenu et n’est pas imposé. En contrepartie, il ne donne pas non plus de déduction fiscale, contrairement à une cotisation REER. Confirmez les règles du moment auprès de Revenu Québec et de l’Agence du revenu du Canada.
Où trouver mes droits de cotisation ?
Ils figurent sur votre avis de cotisation de l’Agence du revenu du Canada, accessible dans votre dossier en ligne. Vérifiez-les avant chaque cotisation, car ils changent d’une année à l’autre et cotiser au-delà de l’espace permis peut entraîner des pénalités.
Puis-je retirer l’argent du REER si j’en ai besoin ?
En règle générale, oui, mais le montant retiré s’ajoute à votre revenu et il est imposé. L’espace de cotisation utilisé n’est pas récupéré en dehors de programmes particuliers. Lisez les règles officielles avant de compter sur cette option.
Mon prêteur peut-il refuser un remboursement supplémentaire ?
Il peut en limiter le montant ou la fréquence selon le contrat. Les privilèges de remboursement anticipé varient beaucoup. Relisez votre contrat ou posez la question au prêteur, et demandez la réponse par écrit avant de verser une somme importante.
Qui peut m’aider à décider ?
Une personne autorisée, inscrite auprès de l’AMF, peut faire le calcul avec vos chiffres et tenir compte de votre fiscalité. Un article ne le remplace pas. CompareTaux oriente votre demande vers un professionnel, sans afficher de taux ni décider à votre place.
Sources
Aucun taux, aucun prix et aucune recommandation dans cette page. Les montants et plafonds évoluent : vérifiez-les auprès des sources officielles avant de décider.